MUSTAPHA BIMICH

16.2- 20.3.2005

Dans le cadre «20 ans APC» (la première collaboration APC – Bimich date de 1988) et de l’exposition «Islam et Musulmans à Fribourg» (org.TABERE)

Venu à la gravure, alors que sa vocation et formation le portent plutôt vers la céramique, Bimich a déjà une oeuvre importante traduisant à la fois l’expression de ses talents, ses désirs et ses inquiétudes à propos de ses recherches.

On considère, à tort bien entendu, que la gravure occupe une place mineure par rapport à la peinture dans la « hiérarchie » de la création plastique. Mustapha Bimich, par ses travaux, s’inscrit en faux, contre cette distinction entre gravure et peinture et contre l’évaluation qui en résulte. Par ses compositions, la richesse des coloris, l’alliance ou le combat des formes, la gravure pour lui s’apparente à la peinture. D’ailleurs, il le dit lui-même, cette distinction a peu d’importance, à partir du moment où il a à disposition une surface permettant de faire dialoguer les signes, les formes et les valeurs de couleurs, de manière dynamique.

Tout en admirant son travail de graveur, je suis aussi personnellement convaincu par ses réalisations et ses recherches en matière de céramique. Il est paradoxal de constater que le Maroc, pays d’une si riche tradition de poterie, encore vivante de nos jours, est pauvre en artistes céramistes, tranchant par leurs recherches plastiques avec la tradition de la fabrication artisanale.

C’est probablement dans ce domaine que Mustapha Bimich trouve le langage qui correspond le mieux à sa sensibilité et lui ouvre des possibilités presuqe infinies. Sur des surfaces de terre cuite, qui s’apparentent à des bas-reliefs, vient

s’inscrire le graphisme du trait, de la lettre, entrant en fusion avec la texture minérale, le travail imprévu des oxydes, « l’accident » de la cuisson, l’empreinte du feu.

Ces pièces retiennent l’attention par l’originalité et la richesse de leur expression plastique. Curieusement elles donnent une impression de décalage dans le temps, un pouvoir d’évocation comme si elles étaient des éléments d’une architecture ancienne dont elles seraient les vestiges ou la mémoire. On comprend dès lors qu’il ne s’agit pas d’un support d’éléments décoratifs, mais de tout autre chose. Le sens de ce travail de création plastique est à situer dans un horizon de traditions. A la fois artistiques et artisanales. Mustapha Bimich le dit bien quand il déclare: c’est un langage qui est inscrit dans ma culture et dans mon environnement riche en matériaux, en images pleines de chaleur et de lumière. Tradition fort belle, féconde par sa variété et son originalité, celle des potiers marocains, hommes et femmes, inscrivant dans la plus humble pièce sortie de leurs mains, plats, gargoulettes ou autres objets utilitaires, l’élégance affirmée et pure d’un trait, d’un motif géométrique. Celle aussi des bâtisseurs des Kasbahs, ces architectes de la terre, sculptant en ces hautes murailles rouges le jeu symbolique de variations géométriques. Bimich, bien entendu, s’il se nourrit de toute une tradition, ne s’attache pas a reproduire le geste de l’artisan, évitant de s’enfermer dans les limites de l’imitation stérile. Il est engagé dans ses recherches. « J’essaie, dit-il, d’interroger l’air, l’eau, le feu et la terre. J’aime explorer leurs possibilités dans mon travail, l’imprévu des effets qu’ils peuvent créer, les chances d’ouverture qu ils me donnent. C’est en quelque sorte pour moi le lieu de la mémoire et de la narration ».

Edmond Amran El Maleh.

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